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National Art Gallery à Kuala Lumpur
Balai Seni Visual Negara
No. 2, Jalan Temerloh, Off Jalan Tun Razak
53200 Kuala Lumpur
Website : www.artgallery.gov.my
La Balai Seni Visual Negara ou National Art Gallery – Galerie nationale d’art moderne – de Kuala Lumpur est le principal musée public d’art moderne et contemporain de Malaisie.
Le bâtiment se distingue par une architecture à la fois moderne et inspirée des formes traditionnelles malaises. Cette combinaison de modernité et de tradition se matérialise d’une part, par une rampe centrale en spirale qui distribue plusieurs niveaux, offrant une circulation fluide et une expérience visuelle progressive, un peu à la manière du musée Guggenheim, et d’autre part, par un immense toit pointu à la charpente apparente typique des maisons malaises.
Fondée en 1958, la galerie se déploie sur trois niveaux et abrite une importante collection nationale de plusieurs milliers d’œuvres, peintures modernes et contemporaines malaisiennes, sculptures, installations, œuvres multimédias, expositions temporaires, expositions immersives utilisant des technologies comme la réalité augmentée. La visite de la galerie est gratuite.
La galerie propose des œuvres sur trois étages.
Au premier niveau, l’exposition « The Easterner, Cultures visuelles et populaires » présente des œuvres qui témoignent de la transition culturelle de la Malaisie entre 1979 et 1989. On y observe en images les aspirations du pays à concilier construction d’une identité nationale et développement économique, valeurs orientales et modernité occidentale. À travers le prisme de cette décennie, les œuvres présentées démontrent comment mémoire culturelle, volonté politique et expression créative se sont conjuguées pour forger une identité visuelle typiquement malaisienne
Zoom sur quelques œuvres emblématiques de l’exposition « The Easterner, Cultures visuelles et populaires ».
Dans Visionary Echoes l’artiste grapheur Andha Ras présente ce qui semble être un portrait du Premier Ministre Mahathir Mohamad qui fut l’initiateur du tournant de la Malaisie vers la modernité.
Tout en volutes, ce portrait suggère par un mouvement interne fait d’ondes et de spirales, une temporalité étendue et fluctuante à l’instar du long et chaotique mandat de Mahathir Mohamad.
Ahmad Azhari Mohd Nor est un artiste malaisien profondément immergé dans le Pop Art. Il exploite des images tirées des médias de masse, de la culture populaire, de l’iconographie internationale et locale, souvent avec humour, critique ou ironie.
Dans Napsiah & Rahmah, l’artiste présente deux personnages féminins, deux identités visuelles, deux représentations sociales de la femme malaisienne entre tradition et modernité.
Le mot Boleh ! , titre de l’œuvre, est utilisé comme un slogan patriotique en Malaisie, célébrant la capacité, l’optimisme et l’esprit « Yes we can ». Historiquement il a été associé à la modernisation et aux ambitions nationales.
L’artiste Chan Kok Hooi mélange dans son œuvre fantaisie et critique sociale, en accumulant des éléments figuratifs au sein d’une composition complexe qui mêle plusieurs thèmes se faisant écho.
Dans Gasin – Lawan, l’artiste Wan Ramli Wan Ibrahim met en scène deux personnages qui jouent à la toupie, « gasin » en malais.
En Malaisie, des communautés se réunissent autour de compétitions (« lawan » lutte en malais), suscitant des rassemblements sociaux.
Gasing‑Lawan s’inscrit dans une démarche qui relie patrimoine culturel et discours artistique moderne, où le jeu devient une métaphore de tensions, luttes et équilibres humains.
Jaafar Bib Taib, est un pionnier du cartoon et de l’illustration humoristique de la décennie 1970 et il a cofondé le célèbre Magical Gila‑Gila, un magazine iconique de satire sociale et humour malaisien.
Dans Kartun dan Kartunis il représente la génération des cartoonistes de l’époque dont les réalisations occupent une place importante en tant que formes d’expression populaires ayant une portée sociale, culturelle et politique. Ils ont servi de miroir à la société.
Miey Ali, de son vrai nom Muhammad Suhaimi Ali, est un muraliste malaisien contemporain. Il s’est fait connaître par des peintures murales publiques à grande échelle qui combinent figures iconiques, narratifs culturels et conscience sociale dans des contextes urbains.
Ses œuvres sont des interventions visuelles dans l’espace public qui cherchent à susciter des réactions esthétique et émotionnelle. Miey Ali valorise les récits nationaux et en encourageant le public à engager une conversation sur l’identité, le leadership ou la mémoire.
Dans N/A, le personnage se situe dans un environnement traditionnel. Il lit le journal Utusan Malaysia, le plus ancien quotidien de Malaisie. Dans le courant des années 1970, ce journal est devenu le média d’influence se faisant l’écho des protestations contre les règles coloniales britanniques.
Samjis Mat réalise le tableau Rendezvous en 1984, période où il s’affirme comme l’un des rares peintres malaisiens à représenter la vie urbaine contemporaine.
Il représente des figures humaines dans des situations de la vie quotidienne — souvent des jeunes dans les rues — en privilégiant une approche figurative proche du réalisme.
Dans Rendezvous, le personnage appartient à la génération urbaine en mutation : ses vêtements modernes, jeans, polo, baskets, et sa posture détendue suggèrent un mode de vie influencé par la mondialisation et les styles de vie occidentaux.
Cette dimension peut être lue comme une réflexion sur l’identité des jeunes dans une société en transition économique et culturelle.
Au deuxième niveau le visiteur accède à l’exposition « D’île en île, une réflexion de BIMP-EAGA à travers l’art
contemporain ».
L’archipel malais s’insère dans la longue histoire d’une civilisation maritime caractérisée par la richesse de ses ressources naturelles, de sa culture, des traditions de son peuple et de ses échanges culturels et commerciaux au sein de la grande civilisation de l’Asie du Sud-Est.
Les relations entre les régions de BIMP-EAGA – Brunei Darussalam, Indonésie (Kalimantan), Malaisie orientale (Sabah et Sarawak) et Philippines méridionales – ont de profondes racines historiques, unifiées par les routes maritimes, le commerce des épices, les réseaux missionnaires islamiques et les échanges culturels qui s’étendent tout au long des siècles passés. Aujourd’hui, à l’ère postcoloniale et mondialisée, ces relations sont entrées dans une nouvelle ère où se renforcent les liens économiques, culturels et sociaux.
L’art y joue son rôle et les artistes explorent les questions d’identité, de mémoire, de colonialisme, d’environnement, de migration et des thèmes ancrés dans l’expérience régionale mais connectés à l’échelle mondiale.
Chaque œuvre reflète des expériences locales ancrées dans l’histoire, tout en étant intégrées au contexte régional contemporain. Le langage visuel présenté met en valeur non seulement le caractère unique de chaque pays, mais aussi les points de convergence qui nous unissent tous en tant que peuples maritimes d’Asie du Sud-Est.
Exposition « D’île en île, une réflexion de BIMP-EAGA à travers l’art contemporain » : zoom sur quelques œuvres emblématiques.
L’artiste plasticienne Yee I-Lan est l’une des figures de proue des arts plastiques en Asie du Sud-Est. Dans son triptyque, Sulu stories, Shell 4/8, Sulu stories, Sarung 4/8, Sulu stories, Sarang 5.8, Yee I-Lann met en avant des éléments symboliques.
À travers cette série, l’artiste s’intéresse à la région de Sulu, un espace maritime situé entre la Malaisie, les Philippines et l’Indonésie, autrefois marqué par d’intenses échanges commerciaux et culturels. Elle met ainsi en lumière un passé souvent oublié ou effacé par les récits coloniaux occidentaux.
La coquille (« Shell ») évoque les routes maritimes et les échanges économiques anciens, mais aussi une mémoire naturelle liée à la mer.

Le sarong ou sarung, vêtement traditionnel largement répandu dans cette région, représente une identité culturelle commune qui dépasse les frontières actuelles. En intégrant ces motifs, Yee I-Lann valorise les savoir-faire locaux tout en soulignant la continuité des traditions malgré les ruptures historiques. Elle propose une réflexion sur l’histoire et l’identité culturelle en Asie du Sud-Est.
Dans Song of the Keris de Yee I-Lann interroge les liens entre identité culturelle, pouvoir et mémoire en Asie du Sud-Est. À travers la référence au keris, une dague traditionnelle emblématique de la région, l’artiste mobilise un objet fortement symbolique, à la fois arme, insigne de prestige et élément spirituel. Historiquement associé aux élites et aux figures d’autorité, le keris incarne un pouvoir à la fois politique et culturel.
Le titre de l’œuvre, « Song of the Keris » suggère l’idée d’une mémoire vivante, transmise à travers le temps. Ce chant évoque une histoire qui perdure, mais qui peut également être réinterprétée. Yee I-Lann met ainsi en évidence la tension entre tradition et modernité, en montrant que les objets du passé ne sont pas figés, mais qu’ils continuent d’évoluer dans leur signification.
L’artiste philipin Leonard B. Ansiong, propose dans sa toile By the spears of the past, In the shadow of tomarrow une méditation visuelle sur la relation entre héritage culturel, environnement et modernisation rapide.
Le tableau met en scène des défenseurs autochtones, debout dans une forêt dense, brandissant des lances. Ils symbolisent à la fois la résistance et la protection d’un territoire ancestral face à l’avancée des forces externes. À leurs côtés, un personnage à tête de carabao évoque le paysan philippin, figure de travail, d’endurance et de connexion intime à la terre.
Des éléments modernes — cônes de chantier, pièces mécaniques, un cheval à bascule désassemblé — confrontent le spectateur à des signes d’intrusion industrielle et de fausses promesses de progrès. Le cheval à bascule devient une métaphore de progrès illusoire : mouvement sans destination et perturbation du monde traditionnel. Le panneau « passage interdit » souligne une dualité : il peut signifier la revendication de propriété par une entreprise privée, ou au contraire la déclaration d’un droit de garde posé par les communautés autochtones.












