ArtExpos
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Fondation Cartier
Exposition Générale
Exposition du 25 octobre au 23 août 2026
Avec « Exposition Générale » la Fondation Cartier invite le visiteur à une double inauguration, celle d’un bâtiment et celle d’une exposition.
La Fondation lève en effet le rideau sur son nouveau siège dorénavant installé dans l’ancien Louvre des Antiquaires, situé en face du musée du Louvre.
Reformaté par l’architecte Jean Nouvel qui l’a converti en une structure transparente toute en verre et piliers, le bâtiment place le visiteur en contact visuel direct avec les passants des rues Saint Honoré, de Rivoli et de la place du Palais Royal.
Les œuvres visibles de l’extérieur jouent un rôle de produit d’appel. Cette nouvelle cathédrale de l’art s’étend sur des milliers de mètres carrés et comporte « cinq plateformes de 200 à 340 m² chacune, réglables à différentes hauteurs ». Cette configuration constitue tout à la fois un défi et un atout pour la programmation scénographique des expositions et notamment de l’Exposition générale.
Quelque peu déconcerté tout au long de ses déambulations dans « Exposition Générale », le visiteur feuillète pêle-mêle et sans chronologie un album de 40 années d’acquisitions d’œuvres d’art contemporain. Le titre est un clin d’œil historique aux Grands Magasins du Louvre qui, au milieu du XIXème siècle organisaient chaque saison « l’exposition générale des nouveautés » présentant en vrac ses articles les plus divers.
Et c’est bien l’impression qui saisit le visiteur confronté à une collection d’œuvres multiples et diverses et quelque peu hétéroclites, présentées sans cohérence apparente : 600 œuvres de tous styles, genres, cultures, matériaux, techniques, supports, sont juxtaposées sans fil conducteur perceptible et parfois sans cartel.
Seul lien évident entre toutes les pièces de l’exposition, l’institution pointe la diversité de ses engagements artistiques et sa volonté de mettre en lumière son ouverture aux multiples sujets de réflexion des artistes des cinq continents.
L’exposition rassemble des œuvres relevant de quatre thématiques plus ou moins fourre-tout : « Machine d’architecture ou l’urbanisme utopique », « Être nature ou le monde du vivant », « Le monde réel », « Making things ou la mémoire artistique par l’artisanat ».
Les deux premières thématiques s’inscrivent dans une certaine cohérence : le thème de l’urbanisme utopique est traité à travers différents prismes idéologiques, d’ordre social, religieux, écologique.
Par exemple, dans sa maquette de Kinshasa, Projet pour le Kinshasa du troisième millénaire réalisée en 1997, Bodys Isek Kingelez insère dans la ville les équipements d’une cité moderne, stade, école, gare…, qu’un habitant serait peut être en droit d’attendre.
Alessandro Mendini réuni dans Petite cathédrale, l’ensemble des aspects – architecture, statuaire, objets de superstition, lumière, musique, parfum – constitutifs du folklore religieux auquel le grand public peut être sensible.
Dans L’Arbre chez lui, Richard Artschwager met en scène un unique petit sapin juché sur une haute colonne avec pour toute compagnie un miroir qui reflète son image.
Il questionne la relation homme / nature et la répartition entre espace « naturel » et artificiel.
Avec Chapel of Valley, Junya Ishigami pointe la faisabilité d’une cohérence entre nature et architecture.
Son œuvre s’inspire d’une église construite tout au long d’une vallée encaissée dont elle épouse étroitement les courbes. Elle se veut une démonstration de l’accord possible entre naturel et artificiel.
Absalon propose sa vision d’une cité avec sa sculpture architecturale Propositions d’habitations.
Il y figure un ensemble d’habitats refermé sur lui-même, induisant le double sentiment paradoxal, de communauté solidaire mais également d’enfermement quasi carcéral.
La partie de Exposition Générale liée au concept du vivant regroupe de nombreuses œuvres dont les auteurs sont issus de multiples cultures de tous continents.
Pour beaucoup, ces œuvres ont trait au positionnement humain vis-à-vis de la nature. D’autres proposent une vision plus politique en confrontant le visiteur à ses conceptions ethno-centrées. Elles invitent le spectateur à s’interroger sur la relation homme-nature, sur les limites de l’anthropocentrisme et sur le rôle de l’humain dans la conservation des écosystèmes menacés.
Au travers de 64 dessins réalisés au stylobille, les Artistes du Gran Chaco présentent l’immense variété des espèces animales et végétales de leur habitat forestier, menacées par les ravages de l’exploitation humaine.
Bruno Novelli reprend dans Terra Maravilhosa le thème de la flore et de la faune de la forêt amazonienne sur un mode psychédélique.
La forêt apparaît comme une entité organique composée de créatures fantastiques, manifestation des mythes anciens qui constituent la base même de la culture amazonienne.
La toile de Joan Mitchell, La grande Vallée VI, appartient à son cycle de 21 tableaux, La Grande Vallée (1983-1984).
Cette œuvre est un hommage et une évocation sensibles du paysage où l’artiste séjourna enfant avec son cousin disparu.
L’artiste aborigène Sally Gabori (Mirdidingkingathi Juwarnda) représente dans son grand panneau, Dibirdibi Courntry, son île d’origine dont elle fut chassée.
Dans un style abstrait fait de larges aplats de couleurs rouge, noir, blanc, elle transcrit magnifiquement le souvenir de son pays.
Avec Brise-lame de Saint Malo, Plage du Sillon, Raymond Haims inscrit son œuvre dans un ouvrage de résistance aux éléments vieux de plusieurs siècles. Une quinzaine de hauts pieux de bois sont plantés dans le sable, disposés en quinconce irrégulier.
C’est un clin d’œil à la lutte contre les éléments menée dès la fin du XVIIème siècle par l’installation de brise-lames sur la plage du Sillon après les grandes marées qui avaient endommagé les fortifications de Saint Malo.
Constituée de matière organique érigée comme des totems, l’œuvre de Hains, monumentale, forte et belle, interroge la possibilité d’une coexistence entre l’homme et la nature.
Dans les autres sections de Exposition Générale, les œuvres se côtoient sans fil conducteur perceptible. Parfois des créations trouvent un écho avec leurs voisines.
La partie intitulée « Un monde réel » explore notamment différentes visions de l’humanité, ses limites, sa vanité, sa fragilité, ses interactions et les circulations humaines.
Cette œuvre de Hammons utilise le thème de la démultiplication du masque africain, symboles des identités et des croyances pour susciter la réflexion et remettre en question préjugés et préconceptions.
Dans deux toiles de grandes dimensions, Tanadori Yokoo immerge le visiteur dans des espaces colorés d’une seule tonalité, rouge pour l’un, bleu pour l’autre, dans lesquels il insèrent des personnages de geishas en quasi lévitation.
En 2014, la Fondation Cartier pour l’art contemporain passe une commande à Tanadori Yokoo. Elle lui propose de réaliser une série de portraits des créateurs – artistes, penseurs et scientifiques – des trente dernières années.
Entre 2018 et 2024, Tadanori Yokoo livre 143 portraits de personnalités contemporaines. Alignés les uns à coté des autres, le visiteur peut contempler 112 visages identifiés par leur nom parmi lesquels on peut reconnaitre des personnalités connues.
Dans Untitled Guillermo Kuitca met en scène une réflexion entre rêve et cauchemar sur la finitude humaine.
De même Christian Boltanski propose dans son installation Ephémère la vision de la fragilité de toute vie. Dans les deux œuvres, un jeu entre obscurité et lumière instaure une atmosphère de fin du monde.
La dernière section « Making things » propose des œuvres qui s’intéressent à la création au travers d’interactions entre art, artisanat, reprise de pratiques traditionnelles picturales du passé, technologie, montrant comment des pratiques traditionnelles ou vernaculaires peuvent être réactivées ou réinterprétées dans un contexte contemporain.
Une des œuvres phares de cette section est Muro en rojos de l’artiste colombienne Olga de Amaral.
C’est une pièce monumentale de 7m par 8m, composée de bandes tissées — laine et crin de cheval cousues minutieusement — qui transforment le textile en une sorte de mur tissé, conférant au panneau une dimension sculpturale voire architecturale.
L’exposition valorise des gestes de fabrication, des matières, des techniques — parfois ancestrales — réinvesties par des artistes contemporains.
En conclusion…
Exposition Générale met en lumière la diversité des thèmes auxquels s’est intéressée la Fondation Cartier au fil des années. Elle intègre dans une même réflexion des créateurs aussi variés que la cinéaste et plasticienne Agnès Varda, l’artiste Cai Guo-Qiang ou les dessinateurs de la forêt du Gran Chaco.
L’exposition tente de nous faire comprendre la démarche de la Fondation dans son choix des œuvres. On regrettera la faiblesse de l’approche pédagogique de l’accrochage qui génère un brouillage de la lecture des œuvres. Quel dommage …





















































