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Exposition Károly Ferenczy    

Modernité hongroise 

Exposition au Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de Paris
Du 14 avril au 06 septembre  2026

Du 14 avril au 06 septembre 2026, le Musée du Petit Palais propose une rétrospective des œuvres du hongrois Károly Ferenczy (1862–1917) peintre aussi peu connu en France qu’il est célèbre en Hongrie.

Tout au long d’un parcours de 140 œuvres, le visiteur découvre les sujets de prédilections d’un artiste qui représente un environnement familial et sociétal attaché à la nature, ancré à ses traditions et pétri de religion. D’un style encore académique, les tableaux sont autant de témoignages d’une société d’Europe centrale paisible et policée, structurée autour de ses traditions familiales, rurales et religieuses.

L’exposition se déroule en trois parties : « Un artiste en devenir », « Un artiste accompli » et « Ultimes expérimentations »,  tout en suivant une logique d’accrochage tant chronologique que thématique où le visiteur reconnait au fil des œuvres les courants stylistiques européens de l’époque, impressionnisme, naturalisme et symbolisme.

1 – UN ARTISTE EN DEVENIR 

Dès l’entrée, l’exposition place le visiteur en confrontation directe avec trois autoportraits de Ferenczy en artiste.

Le peintre et son modèle (dans la forêt), 1904, huile sur toile, collection Barbara Czapolai
Autoportrait (dans l’atelier), 1903, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Le peintre et son modèle (dans l’atelier), 1904, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

Des racines européennes 

Entre 1889 et 1892, Ferenczy approfondit la pratique de la peinture en plein air dans la campagne autour de Szentendre. Il s’engage dans une représentation d’un monde sobre et sincère, dans l’esprit du naturalisme européen de la fin du XIXe siècle.

Devant les affiches, 1891, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Portrait de Károly Ferenczy (Freund), père de l’artiste, 1889, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Portrait d’Ede Kallos, 1889, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Jeunes filles cultivant des fleurs, 1889, huile sur toile, collection particulière
Départ, 1892, huile sur toile, collection particulière
Les jardiniers, 1891, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Jeunes garçons  jetant des cailloux, 1890, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

Visages familiers 

Une dimension essentielle de l’art de Ferenczy réside dans son approche de l’intimité humaine. À travers ses portraits familiaux, cette partie de l’exposition révèle un peintre moins préoccupé par la représentation sociale que par la présence intérieure de ses modèles.

Autoportrait, 1893, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Portrait d’Olga Fialka, épouse de l’artiste, 1894, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Portrait de Valér Ferenczy, 1894, huile sur toile, Szentendre, Ferenczy museum center
Portrait de Noemi Ferenczy, fille de l’artiste avec les cheveux lâchés, 1903, huile sur toile, collection particulière
Portrait Béni Ferenczy, fils de l’artiste, 1906, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

Munich, l’éveil symbolique

Après les années de naturalisme sobre et d’observation fidèle du réel, le séjour munichois ouvre chez Ferenczy une dimension plus intérieure, poétique et spirituelle de la peinture. C’est un un tournant décisif dans son parcours artistique.

Jardin à Garmisch, 1895, huile sur toile, collection de Myklos Toldi, Nyiregyhàza
Adam, 1894-1895, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Chant d’oiseau, 1893, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Orphée, 1894, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
L’adoration des mages, 1895, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

Nagybánya, un atelier à ciel ouvert

En 1896, Ferenczy s’installe à Nagybánya, aujourd’hui Baia Mare en Roumanie, où il fonde une colonie d’artistes.

Projet d’affiche 1, 1897, tempera sur toile, collection de Myklos Toldi, Nyiregyhàza Szentendre, Ferenczy museum center
Atelier d’été, 1904, Musée des Beaux-arts de Budapest, KEMKI ADK,inv. 18134/68
Le Sermon sur la montagne 1, 1896-1897, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Chevaux (ambiance du soir), 1899, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

2 – UN ARTISTE ACCOMPLI, 1896-1906 

Le sacré

Le fils prodigue 1, 1907, huile sur toile, collection Feuer Plichta
Les rois mages, 1898, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

Cette approche donne à ses tableaux une dimension profondément moderne. Ferenczy associe le registre spirituel à une expérience intérieure. Le soleil éclaire les corps et les paysages comme une présence invisible, mystique.

On retrouve ici l’influence du symbolisme fin-de-siècle, mais aussi une sensibilité naturaliste qui ancre le sacré dans la matière même du monde.

La déposition de la croix, 1903, huile sur toile, Musée départemental de Tàrgu-Mures, Roumanie
Joseph vendu par ses frères, 1900, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Le sacrifice d’Abraham, 1901, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

Jozsef Kiss, un poète à Nagybánya

Portrait de Jozsef Kiss, 1906, huile sur carton entoilé, Szentendre, Ferenczy museum center

Le dialogue entre les deux artistes révèle une tension caractéristique de la modernité centre-européenne : comment intégrer les influences françaises — impressionnisme, symbolisme, naturalisme — tout en conservant une identité hongroise. Nagybánya devient alors un point de convergence entre littérature et peinture, où le paysage n’est plus seulement représenté mais chargé d’une valeur spirituelle et émotionnelle.

Le peuple de Nagybánya

Les tableaux de cette section de l’exposition  dépeignent les habitants de Nagybánya, paysans, ouvriers, femmes au travail, enfants, dans des scènes quotidiennes très simples. Ces moments ordinaires acquièrent une dimension presque méditative grâce au traitement de la lumière et de la couleur.

Paysage de printemps avec la colline des fleurs (Nagybànyà), 1898, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Paysan écossant des pois, 1910, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
La prière matinale des mineurs, 1896, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

Ferenczy adopte la peinture en plein air et les variations lumineuses, mais il conserve une gravité intérieure qui distingue son œuvre des impressionnistes français. Les visages restent souvent pensifs, les gestes ralentis, les compositions très équilibrées. Même dans les scènes collectives, une forme de silence domine.

Jeune paysan ruthène, 1899, huile sur toile, Pecs, musée Janus-Pannonius, Hongrie
Le retour des bûcherons, 1899, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Au milieu des sommets, 1901, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

Peindre le soleil

La lumière constitue pour Károly Ferenczy le point d’ancrage esthétique de son œuvre. Elle est pour lui un véritable principe de composition et de perception du monde. À travers les paysages et les scènes en plein air réalisés à Nagybánya, Ferenczy inscrit son exploration des variations lumineuses dans les pas des artistes impressionnistes français.  Comme eux il  pratique la peinture de plein air, adopte la technique des touches fragmentées et modifie sa colorimétrie en fonction des heures du jour.

Soirée de mars, 1902, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Autoportrait au soleil, 1900, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
La femme peintre, 1903, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Matinée ensoleillée, 1905, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Au sommet de la colline, 1901, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Fête de mai, 1906, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Ruisseau II, 1907, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Garçons se baignant, été, 1902, huile sur toile, collection particulière, Hongrie
Jeunes garçons se baignant, été, 1902, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

Avant le bain (étude), 1904, huile sur toile, Winnipeg Art Gallery
Chevaux dans l’eau, 1896, huile sur toile, Ernst Galeria, Budapest

3 – ULTIMES EXPERIMENTATIONS  

Le corps en scène et La Pietà, dernier tableau sacré

Dans cette série, Ferenczy donne sa vision de l’humain dans sa matérialité physique.  Il donne à voir une série de cinq nus de femmes allongées dans des positions lascives sur des sofas, comme en attente.   

Jeune Femme tsigane dormant, 1915, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Nu féminin sur fond rouge, 1913-1914, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Paresse, 1908, huile sur toile, collection Antal-Lusztig
Jeune Femme tsigane, vers 1916, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

Leur faisant face, une série de quatre œuvres représentent des athlètes musclés et trapus, en action ou recevant des récompenses pour leurs exploits.  

Athlètes, 1915, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Acrobates, 1913, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Etude pour lutteurs, 1912, fusain, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Lutteurs III, 1912, huile sur toile, Szentendre, Ferenczy museum center
Christ mort, fragment de la Pietà , 1913-1914, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Etude pour une pietà non réalisée, 1914-1916, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Marie-Madeleine, fragment de la Pietà, 1913-1914, Szentendre, Ferenczy museum center

Ferenczy, portraitiste

L’exposition se poursuit sur une dizaine de portraits qui se caractérisent par une approche de l’individualité. Dans ces œuvres, aucune mise en scène sociale ne vient évoquer ou symboliser le statut du modèle.   

Qu’il s’agisse de proches, d’amis artistes ou de membres de la colonie de Nagybánya, ils apparaissent dans une grande sobriété, souvent absorbés dans leurs pensées, comme détachés de toute volonté de paraître.   

Le traitement pictural renforce cette impression d’intimité. La touche reste souple, les fonds sont souvent simplifiés, parfois presque abstraits, afin de concentrer toute l’attention sur le visage et la présence du sujet. La lumière joue ici encore un rôle structurant. Les ombres douces, les carnations nuancées et les transitions subtiles mettent en valeur les figures.   

Portrait de Dezso Malonyay, 1904, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Double portrait (Noemi et Béni Fereczy), 1908, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Triple portrait (les enfants de l’artiste), 1911, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Portrait de Clara Ernst , épouse de Vilmos Grünwald, 1908, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Cézàr Herrer et son épouse (étude), 1904, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Portrait Pàl Szinyel Merse, 1910, huile sur toile, Musée départemental de Tärgu-Mures, Roumanie
Portrait de Suzanne Veszpremy, épouse de Gyula Ricki, 1898, fusain, collection particulière
Portrait de Béla Làzàr, 1907, fusain, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Portrait de Jozsef Lukàcs, 1905, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise

Derniers paysages

Dans sa dernière décennie de production artistique, Ferenczy revient au paysage avec une sensibilité transformée : moins descriptive, plus intériorisée, presque contemplative.

Dans ces œuvres tardives la nature n’est plus un motif d’observation en plein air. Les compositions se simplifient, les formes se stabilisent, et la lumière semble moins éclatante : elle se diffuse plutôt qu’elle n’éblouit. Cette évolution donne aux paysages une tonalité plus grave, parfois mélancolique.

On perçoit aussi une distance accrue entre le peintre et le motif. Là où les premières œuvres traduisaient une immersion directe dans la nature, ces derniers paysages semblent filtrés par une réflexion intérieure. Les arbres, les collines ou les champs semblent perçus comme des entités intemporelles.

 

Hétraie, soleil d’automne, 1908, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Paysage, Izvora en automne III, 1909, huile sur toile, Szentendre, Ferenczy museum center
Le mur rouge 3, 1910, huile sur toile, Collection particulière
La maison du forestier, 1908, huile sur toile, Collection particulière
Les archers, 1911, huile sur toile, Musée des Beaux-arts de Budapest, Galerie nationale hongroise
Paysage nuageux (La forêt de sapins d’Izvora 1), 1909, huile sur toile, Budapest, MBH Bank collection

Cette simplification formelle vise un essentiel primant sur le détail. La couleur joue ici un rôle particulièrement important. Elle devient plus retenue, plus harmonisée, presque sourde. Cette économie chromatique renforce l’impression de calme. Le paysage n’est plus traversé par l’énergie du plein air impressionniste, mais par une sorte de temps suspendu.

Pour conclure, .à l’issue de l’exposition, le visiteur peut ressentir une certaine perplexité. Ferenczy apparaît comme un peintre solide, mais peu de ses œuvres s’imposent comme de véritables chefs-d’œuvre, à l’exception de quelques pièces marquantes comme le Portrait de Noémi Ferenczi, Les Chevaux dans l’eau ou la série des Murs rouges…..

La nature et la vie intime traversent l’ensemble du parcours, entre scènes familiales, portraits et paysages de la colonie de Nagybánya.

L’exposition privilégie une découverte patrimoniale assez classique, parfois didactique, plutôt qu’une relecture critique. Son principal intérêt est d’élargir le champ de la modernité européenne en faisant découvrir la peinture hongroise encore peu connue en France.