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Exposition MATISSE, 1941-1954    

L’ambition de la peinture 

Exposition au Grand Palais, Paris
Du 24 mars au 26 juillet  2026

Du 24 mars au 26 juillet 2026, le Grand Palais célèbre l’ultime période créative d’Henri Matisse.

Consacrée à la période 1941-1954, cette rétrospective met en lumière les treize dernières années de fécondité artistique que l’artiste a qualifié de «seconde vie».

A l’issue d’une opération au pronostic incertain, Matisse ressort affaibli mais animé d’un fort regain d’énergie créatrice. Déterminé à savourer chaque instant de ce sursit, il se relance dans son aventure artistique avec une intensité remarquable qui donne naissance à de nombreuses œuvres – dessins, gouaches découpées, illustrations, linogravures, peintures, textiles, vitraux – présentées au Grand Palais pour notre vif émerveillement.

L’exposition dévoile des ensembles exceptionnels rarement montrés au public. Aux trésors conservés dans les collections du Centre Pompidou s’ajoutent des prêts issus de collections privées et de grandes institutions françaises et internationales, parmi lesquelles le Hammer Museum, le MoMA, la National Gallery of Art de Washington, la Fondation Barnes et la Fondation Beyeler. Ce regroupement remarquable offre un regard renouvelé sur l’œuvre de Matisse.

Autoportrait au chapeau de paille, sanguine, papier, 1941, collection privée
Nature morte au magnolia, huile sur toile, 1941, Centre Pompidou, Musée National d’Art Moderne, Paris

Une figure de Paix

Pendant la guerre, Matisse est classé parmi les peintres dégénérés par le pouvoir nazi. A son issue, l’artiste revient sur le devant de la scène artistique et apparaît comme une figure de paix. Le gouvernement lui commande sept peintures pour le Musée d’Art moderne. Il expose trente-huit toiles au Salon d’Automne de 1945. La galerie Maeght lui consacre une exposition cette même année.

Les états de la peinture

La Blouse roumaine, huile sur toile, 1941, Centre Pompidou, Musée National d’Art Moderne, Paris

Cinq toiles de natures mortes à l’huile complètent cette exposition.

Trois d’entre elles représentent des vases de fleurs sur un fond noir, témoignant de la prise en compte par Matisse du débat sur le noir qu’il considère comme une couleur à part entière.

Tulipes et huîtres sur fond noir, huile sur toile, 1943, Musée National Picasso-Paris
Nature morte aux mimosas sur fond noir, huile sur toile, 1943, collection privée
Roses de Noël et saxifrages, huile sur toile, 1944, Collection The Frances Lehman Loeb Art Centre, Vassar Collège, Poughkeepsie, New York
Philodendron noir et citrons, huile sur toile, 1943, Henie Onstad Kunstsenter Hovikodden

La Nature morte au coquillage démontre comment le peintre utilise dès 1940 le même moyen qu’il a déjà utilisé en 1931 pour l’élaboration de La Danse commandée par la Fondation Barnes.

Il place figures découpées sur la toile afin de les repositionner autant que nécessaire jusqu’à satisfaction. On voit là les prémisses de la technique des papiers gouachés qu’il utilisera abondamment à partir de 1943.

Nature morte au coquillage, papier gouachés découpés, ficelle et papier calque épinglés sur toile, 1940, collection privée

Thèmes et variations

Au lendemain de son opération de janvier 1941, Matisse aborde sa « seconde vie » avec un enthousiasme et une force créatrice décuplés.

Pendant cette période, le dessin occupe une place majeure. Il s’agit pour l’artiste d’aller à l’essentiel, à l’essence de toute forme, en écartant l’accessoire du détail. La ligne prime au bénéfice de la pureté et de la fluidité.

Thèmes et Variations – série M, un fusain et six dessins à la plume et à l’encre noire sur papier, 1942, Musée des Beaux-Arts, Bordeaux

Thèmes et Variations – série B, un fusain et six dessins à la plume et à l’encre noire sur papier, 1941, Musée Fabre Méditerranée Métropole, Montpellier

Thèmes et Variations – série F, un fusain estompé, quatre dessins à la plume et à l’encre noire sur papier et cinq dessins au crayon graphite sur papier vélin, 1941, Musée de Grenoble

Il initie un vaste chantier de dessins qu’il produit par dizaines. Ces œuvres feront l’objet de la publication en 1943 d’un album Dessins. Thèmes et Variations, préfacé par Aragon dont Matisse croque toute une série de portraits dessinés.

Aragon, fusain sur papier ; 1942, collection privée
Nymphe et faune, fusain et estompe sur toile préparée, 1935-1943, Centre Pompidou, Musée National d’Art Moderne, Paris

Une sensualité renouvelée anime ses dessins et ses linogravures de nus qu’il réalise grâce à ses assistantes qui acceptent de poser pour lui.  

Nymphe et faune, fait l’objet d’une longue maturation de 8 années et joue un rôle majeur dans l’expression de la sensualité dans l’œuvre de l’artiste.

Etude de nu 1, fusain sur papier, 1947, collection privée
Femme nue, fusain sur papier, 1947, collection John Goldwyn et Jeffrey Klein
Nu, fusain sur papier, 1942, collection privée
Pasiphaé : une étude corrigée pour « Elle pose sa joue… Elle l’embrasse, 1944, linogravure sur papier japon, collection privée

Ces nus peuplent les illustrations de livres poétiques comme celui de Pasiphaé.

Matisse accorde une grande valeur à ces réalisations duales partagées entre création littéraire et création graphique qu’il considère comme un « équivalent plastique » de l’écrit.  

Pasiphaé : « Mais soudain le soleil, secouant sa crinière », 1944, linogravure sur papier japon, collection privée
L’étreinte, 1940, linogravure, Bibliothèque nationale de France, Paris
L’après-midi, 1941-1942, linogravure, Bibliothèque nationale de France, Paris

Le même élan en peinture anime l’artiste. Il va multiplier les tableaux représentant des intérieurs et des objets. Il peuple son univers d’éléments dont la présence récurrente habite ses compositions.

En 1942, il produit une série de cinq tableaux d’intérieurs.

Matisse adopte sur la toile le même processus des séries des dessins de 1941. Il exécute ses peintures très rapidement en un nombre minimum de séances.

Il reprend à plusieurs reprises un même sujet, celui d’une femme assise dans un fauteuil devant une fenêtre ou encore celui de petites filles assises à une table devant cette fameuse fenêtre si importante pour le peintre.

L’omniprésente fenêtre est tantôt ouverte tantôt fermée avec un jeu entre intérieur et extérieur. Les différentes intensités de lumière interfèrent avec la couleur et modulent l’espace.

Intérieur aux barres de soleil, huile sur toile, 22-23 octobre 1942, Musée Henri Matisse, département du Nord, Le Cateau-Cambrésis
Jeune fille en robe blanche, porte noire, huile sur toile, 1942, Acquavella, New York
Jeune fille en rose dans un intérieur, huile sur toile, 1942, Acquavella, New York
Deux fillettes dans un intérieur bleu, fenêtre rouge, huile sur toile, 21 juin 1947, Stanley Museum of Art, Iowa City
Deux fillettes, fond corail jardin bleu, huile sur toile, 28 juin 1947, The Barnes Foundation, Philadelphie
Deux fillettes, fond jaune et rouge, huile sur toile, 17 mai 1947, The Barnes Foundation, Philadelphie
Portrait de Jackie, fusain sur papier, 1947, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris

En 1947, Matisse côtoie sa petite-fille Jackie. Très inspiré, il exécute une série de portraits d’une grande simplicité, constitués de quelques traits, où l’expression transparaît comme dans une succession d’instantanés.

L’album Jazz 

A ce point de l’exposition, le visiteur pénètre dans l’univers musical d’une salle en rotonde. Ses murs courbes déclinent une frise toute en couleurs de papiers gouachés, collés, découpés, constituée des vingt planches des Maquettes originales de l’album Jazz

Maquettes originales de l’album Jazz, 20 planches, papiers gouachés, découpés, collés sur papier marouflé sur toile, 1943-1944, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris

A partir de 1943, Matisse conçoit l’album Jazz que de l’éditeur et critique d’art Tériade lui a commandé. Le recueil final est n’est pas relié, mais composé d’in-folios, placés dans un coffret en toile.

Un texte théorique sur l’art, composé et calligraphié par l’artiste, accompagne les planches inspirées des thèmes du cirque, des contes et légendes et du voyage. Texte et création graphique forment une œuvre unique où mots et couleurs ne jouent pas en miroir mais constituent un manifeste.

Matisse opte pour le titre Jazz qui associe tout à la fois lyrisme, rythme, improvisation, couleurs, nuances et énergie. La technique de reproduction du livre choisie par Matisse consiste en l’exécution de répliques au pochoir à la gouache.

Une musique de jazz baigne la salle. La compositrice italienne Claudia Jane Scroccaro a été chargée de la création de l’ambiance musicale reflétant l’univers de l’album.

Inséré en page de garde, Le Clown est l’une des premières illustrations réalisées pour le livre. Le corps du clown est aérien, comme en lévitation. Le sujet est inspiré d’une étude réalisée en 1938 par Matisse pour le rideau d’un ballet intitulé Étrange farandole. Cette planche introduit le thème du cirque qui va être décliné dans les illustrations suivantes.

Poursuivant sur le même thème, Le Cirque occupe une double page présentant le titre Cirque en lettres découpées.

Sur cette planche Matisse présente le visage d’un Monsieur Loyal de profil en papier gouaché, découpé, collé, à la façon d’une caricature. Pour mieux matérialiser le personnage, les boutons dorés de  sa tenue traditionnelle se détachent sur le fond bleu du ciel de la tente du cirque.

Le cauchemar de l’éléphant blanc introduit une dimension de cruauté dans l’univers joyeux du cirque. Le somptueux animal captif est contraint de réaliser le dérisoire numéro consistant à tenir sur une boule blanche. De violentes flèches rouges le percutent et le blessent. Il est cerné par des formes noires.

Le cheval, l’écuyère et le clown poursuivent dans la veine du cirque sur une note moins cruelle.

Le loup introduit une référence aux contes pour enfants mais également aux grandes figures d’effroi comme le loup-garou, encore très vivaces dans la France du milieu du XXème siècle. Découpé dans du papier blanc, de profil à la façon d’une caricature, on observe le loup blanc, gueule ouverte prête à mordre.

Avec Le cœur, Matisse puise aux sources traditionnelles du processus artistique : le cœur. Le cœur rouge profond sur fond blanc à droite, source d’inspiration de l’artiste, s’oppose à la lettre « L » noire sur fond vert à gauche.

Matisse représente le personnage d’Icare, cœur rouge battant sur corps noir, dans sa chute en plein ciel bleu profond parmi les étoiles jaunes. L’artiste accompagne son œuvre du vers «Icare au cœur passionné, retombe du ciel étoilé». L’image est poignante dans sa simplicité, elle exprime la beauté, la fin de la jeunesse et des illusions, l’imminence de la mort qui vient de frôler Matisse. La silhouette d’Icare semble proche de celle du Clown (planche 1) dans leur morphologie et leur posture. On pourrait presque penser que deux figures similaires a été découpées puis placées, l’une sur sa face recto, silhouette blanche sur fond noir, et l’autre sur sa face verso, silhouette noire sur fond bleu.

Matisse a évoqué la planche Formes comme des « poses plastiques » et on peut distinguer en effet  dans deux éléments, la forme des silhouettes de nus comme Matisse a coutume de les représenter.

L’enterrement de Pierrot renvoie aux thèmes précédemment évoqués, le cirque, les contes, la mort qui est imminente chez Icare. Mais ici la mort est presque joyeuse, les chevaux caracolent empanachés, le cœur rouge du défunt continue de battre sous la forme d’une fleur.

En progressant dans la réalisation des planches de son livre, Matisse utilisent de façon de plus en plus récurrente les formes chères à ses souvenirs de voyages et notamment les éléments de la nature, feuilles et algues. Dans sa planche Les Codomas, l’artiste fusionne les thèmes du cirque avec la présence de trapèzes et celui des voyages avec l’utilisation intense du motif végétal.

La nageuse dans l’aquarium renvoie aux spectacles de music-hall en vogue à cette époque. Ici également on note une fusion entre les thèmes du spectacle et celui de l’eau et des plantes aquatiques.

L’avaleur de sabre renvoie dans équivoque au thème du cirque et du spectacle.

Le cow-boy sur son cheval attrape une femme au lasso. Matisse a su extraordinairement exprimer via les papiers gouachés, découpés et collés, le mouvement des personnages, le recul de chacun en arrière, la tentative du personnage féminin d’échapper à cet assaut. Assiste-t-on aux prémisses d’une scène de viol ? La volonté de domination et sa violence induite est palpable.

Le lanceur de couteaux, tout en pointes aigües, est posté face à une figure féminine au cœur vivant de fleur. Matisse instaure dans cette planche un face à face, une violence, un équilibre, entre deux silhouettes.

Le destin instaure une confrontation entre deux panneaux composés de différents plans et de figures centrales, dans l’un le noir domine, l’autre est coloré, les formes centrales sont imbriquées.

Dans les trois planches intitulées Le lagon, Matisse reprend ses grands panneaux Océanie, le ciel et Océanie, la mer. Il puise évidemment dans ses souvenirs de voyage en Polynésie pour concevoir ces représentations où figurent le monde marin et sa végétation.

Le toboggan reprend le thème de la chute et de l’impossibilité d’en arrêter le cours. Un personnage tombe à la renverse et semble rouler sur lui-même. A l’origine, Le Toboggan serait une création de Matisse des années 1937-1938 réalisée pour le rideau du ballet L’Étrange Farandole.

Intérieurs de Vence

Au début de l’été 1943, Matisse quitte Nice pour Vence et s’installe à la Villa Le Rêve. Il y recrée son univers fait des multiples objets – coquillages, porcelaines, tissus, bouquets de fleurs – propice à son inspiration. Il fait de ses murs un véritable collage où il installe cote à cote ses productions achevées et inachevées, formes découpées, dessins, tableaux.

Comme un danseur qui s’applique à la répétition de mouvement, Matisse inscrit son travail dans la répétition du motif qui lui permet de libérer sa créativité au profit de la spontanéité. Dans cette ultime période artistique, l’artiste poursuit cette quête, quelque soit la technique utilisée, dessins, papiers collés, encre de Chine ou huile sur toile.

Il travaille par thèmes et variations. Il choisit un motif dont il exploite les différentes possibilités. Pour les dessins il se focalise sur un sujet dont il dégage les lignes primordiales qu’il fait évoluer subtilement dans ses différentes versions. Avec les gouaches découpées collées, il reprend sans cesse des éléments, notamment végétaux, presque identiques, qu’il module à l’infini, tant dans leurs formes, leurs coloris, leurs dimensions que dans leurs positions.

Figure emblématique du fauvisme et maître des papiers découpés, Matisse n’a pourtant jamais délaissé la peinture. Les Intérieurs de Vence illustrent la manière dont il a su conjuguer ces deux formes d’expression. Dans ces huiles sur toile, la couleur devient le véritable sujet de l’œuvre : elle s’épanouit en larges aplats, déployés avec une liberté et une audace remarquables.

Dans ces œuvres, Matisse porte à son plus haut degré l’usage des aplats colorés et la simplification de la perspective hérités du fauvisme.

La scène est enveloppée dans une vaste étendue de rouge, au sein de laquelle semblent flotter meubles, objets, fruits et tableaux, souvent disposés par paires.

Intérieur avec figure, huile sur toile, fin avril 1947, Collection privée
Grand intérieur rouge, huile sur toile, 1948, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris

Dans processus de all-over, Matisse couvre l’intégralité de la toile. En effaçant les traits du visage de la figure humaine, il instaure une unité, via une égalité de traitement entre tous les éléments des tableaux.

Intérieur à la fougère noire, huile sur toile, fin avril 1948, Fondation Beyeler, Bâle
Branche de prunier, fond vert, huile sur toile, fin avril 1948, Pinacoteca Agnelli, Turin

La chambre de la villa Le Rêve

À partir de 1948, Matisse recouvre les murs de sa chambre de la Villa Le Rêve de ses gouaches découpées. Fixées à l’aide d’épingles, celles-ci sont déplacées et réorganisées au gré de l’inspiration de l’artiste.

Les compositions se déclinent dans des formats et des harmonies colorées, variés, sans suivre de narration ni d’enchaînement logique.

Les motifs végétaux constituent toutefois le fil conducteur de cet ensemble : ils apparaissent dans la majorité des panneaux, tantôt comme sujet principal, tantôt comme élément ornemental ou frise accompagnant d’autres thèmes.

En 1946, Matisse crée les deux doubles panneaux de très grandes dimensions Océanie le ciel, Océanie la mer et Polynésie le ciel, Polynésie la mer.

Océanie, le ciel et Océanie, la mer naissent d’une commande de Zika Ascher, qui invite Matisse à créer des motifs destinés à être imprimés sur des foulards par sa société londonienne, A. Ascher Inc.

Pour ce projet, l’artiste puisse au cœur de ses souvenirs de voyages aux antipodes. Il recouvre les murs de son atelier de formes découpées dans du papier blanc, épinglées sur toute la surface des parois jusque dans les espaces situés au-dessus des portes. Le mur devient alors un véritable support de création, partie intégrante du processus artistique.

Les compositions ainsi élaborées sont ensuite transposées en sérigraphie sur toile de lin, donnant naissance à ces deux grands panneaux emblématiques.

Océanie, le ciel, impression sur lin, 1946, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris
Océanie, la mer, impression sur lin, 1946, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris
Intérieur de Vence

Polynésie le ciel, Polynésie la mer sont inspirés par ses voyages à Tahiti, où dominent les couleurs reflétant la lumière du Pacifique Sud, celle de ses lagons, de ses algues et de ses coraux. Il reprend le principe des motifs blancs d’Océanie, mais choisit un damier de deux bleus différents.

Pour la création des motifs blancs de fleurs, d’oiseaux ou de poissons, Matisse réalise des papiers collés qu’il découpe dans du papier à lettres et applique sur un fond carrelé régulièrement, composé de feuilles de papier d’emballage colorées industriellement en bleu et en vert. Le tout est rehaussé de gouache, et le papier découpé est ainsi devenu une gouache découpée.

Ces panneaux commandés par la manufacture des Gobelins, deviendront deux maquettes de tapisserie.

Polynésie, le ciel, Papiers collés rehaussés de gouache et marouflés sur toile, 1946, Mobilier national Paris
Polynésie, la mer, Papiers collés rehaussés de gouache et marouflés sur toile, 1946, Mobilier national Paris

Entre 1947 et 1948, Matisse réaffirme sa vision du noir comme une couleur à part entière et réalise une série de dessins au pinceau à l’encre de Chine.

Cette technique, qu’il affectionne pour sa sobriété et son exigence de concentration, lui permet de pousser plus loin encore sa recherche d’épure.

Fasciné par le dépouillement de ces compositions, tant sur le plan du trait que de la couleur, il affirme qu’« il suffit d’un signe pour évoquer un visage ».

Il commence par exécuter des portraits d’une grande simplicité, cherchant, selon ses propres mots, à « dire le maximum avec le minimum de moyens ».

Il observe que les tableaux réalisés à l’encre noire « contiennent en réduit, les mêmes éléments qu’un tableau en couleurs, c’est-à-dire la différenciation de la qualité des surfaces en une unité de lumière ».

Par la suite, il applique cette même économie de formes à des natures mortes et à des scènes d’intérieur, réalisées exclusivement à l’encre noire.

Etudes de grille pour Les Lettres portugaises de Mariana Alcoforado, cinq dessins à l’encre et la plume, fin avril 1947, Collection privée

Etudes pour le motif de la couverture des Fleurs du mal de Charles Baudelaire, plume et encre de Chine, Collection privée

Jardin de Matisse

La seconde partie de l’exposition s’ouvre sur la Chapelle du Rosaire, unique œuvre explicitement religieuse de Matisse, dans laquelle l’artiste cherche à concilier son sens du sacré avec son propre langage plastique. Il considère cette réalisation comme l’aboutissement de toute sa démarche artistique. Selon lui, « tout art est religieux ; une création qui n’est pas religieuse n’existe pas. C’est un art documentaire, anecdotique, ce n’est plus de l’art ».

À partir de 1948, Matisse consacre près de quatre années à ce qui deviendra son ultime chef-d’œuvre : la Chapelle du Rosaire des sœurs dominicaines de Vence. Il envisage ce projet comme une œuvre d’art totale, prenant en charge l’ensemble de ses composantes. Du toit aux tuiles, de la croix monumentale de treize mètres aux murs, des céramiques et carreaux de terre cuite émaillée blanche au mobilier et aux ornements liturgiques, en passant par les fresques et les vitraux, il en conçoit et en redéfinit intégralement l’aménagement.

Le Grand Palais  présente les principaux éléments du programme de la Chapelle de Vence  avec deux vitraux ainsi que plusieurs maquettes réalisées à partir de papiers gouachés, découpés et collés, témoignant du processus créatif de Matisse.

Dans ces œuvres, l’artiste explore les relations entre la couleur et la lumière. Pour les vitraux de la chapelle, il privilégie trois teintes dominantes : le jaune, symbole de la lumière solaire et divine ; le vert, évocation de la nature ; et le bleu, inspiré du ciel méditerranéen.

Nuit de Noël, vitrail, verre, plomb, structure métallique, 1952, MOMA, New York
Jérusalem céleste, papiers gouachés, découpés, collés sur papier marouflé sur toile, 1948, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris
Etude pour panneau inférieur droit de L’Arbre de vie, vitrail, verre coloré, transparent et dépoli, serti de plomb, 1949, Musée Matisse, Nice

Au-delà de la Chapelle du Rosaire de Vence, Matisse conçoit également six projets de vitraux destinés à des édifices religieux ou à des espaces profanes. Parmi eux figure Nuit de Noël, commandé par le magazine Life en janvier 1952 et installé dès le mois de décembre de la même année dans le hall du Time-Life Building de New York.

L’exposition offre également l’occasion de mettre à l’honneur le don exceptionnel de La Vigne au Musée national d’art moderne, présentée ici pour la première fois au public.

Conçu par Matisse pour la villa de son fils Pierre à Saint-Jean-Cap-Ferrat, ce vitrail déploie des arabesques bleues qui font écho aux volutes en fer forgé de l’escalier auquel il était destiné, établissant un dialogue harmonieux entre l’œuvre et son environnement architectural.

Maquette du vitrail, La Vigne, fusain, papiers gouachés, découpés, collés sur papier blanc, marouflé sur toile, 1953, Le Cateau-Cambresis, Musée Matisse

Matisse conçoit également les représentations religieuses et les vêtements sacerdotaux de la Chapelle.

En témoigne, un monumental dessin de Saint Dominique  et quatre chasubles aux couleurs du calendrier liturgique.

Saint Dominique, fusain, marouflé sur toile, 1948-1949, Collection privée
Jérusalem céleste, papiers gouachés, découpés, collés sur papier marouflé sur toile, 1948, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris

Maquettes de la chasuble berte, vitrail, verre coloré, transparent et dépoli, serti de plomb, 1949, Musée Matisse, Nice

La conception des œuvres destinées à la Chapelle du Rosaire conduit Matisse à investir des formats de plus en plus monumentaux. Les dernières années de sa vie se révèlent d’une exceptionnelle fécondité créatrice. Le succès retentissant d’une rétrospective organisée au MoMA de New York en 1951 place l’artiste au premier plan de la scène internationale et suscite de nombreuses commandes.

Parallèlement à ces projets, Matisse poursuit une recherche plus personnelle, guidée par sa seule inspiration. Il y développe avec une liberté croissante la technique de la gouache découpée, devenue son médium de prédilection, et lui confère une autonomie toujours plus affirmée.

En 1953, il réalise plusieurs compositions monumentales de papiers gouachés découpés et collés, parmi lesquelles Les Acanthes et Mémoire d’Océanie.

Avec L’Escargot, qu’il qualifie lui-même de « composition chromatique » ou de « panneau abstrait sur racine de réalité », Matisse s’éloigne davantage de la représentation du réel sans pour autant franchir le seuil de l’abstraction pure.

À la même période, il crée La Gerbe, vaste composition de gouaches découpées conçue en réponse à une commande des collectionneurs qui souhaitent faire réaliser un décor en céramique destiné au patio de leur villa de Los Angeles.

Acanthes, fusain, papiers gouachés, découpés, collés sur papier marouflé sur toile, 1953, Fondation Beyeler, Bâle
La Gerbe, papiers gouachés, découpés, collés sur papier marouflé sur toile, 1953, Collection Université de Californie, Hammmer Museum, Los Angeles
Mémoire d’Océanie, papiers gouachés, découpés, collés sur papier marouflé sur toile, 1953, MOMA, New York
L’Escargot, papiers gouachés, découpés, collés sur papier marouflé sur toile, 1953, Tate, Londres

Visages

Présentées dans une salle circulaire plongée dans la pénombre, ces œuvres mettent en valeur des figures réduites à l’essentiel. Dès le début de sa carrière, Matisse a accordé une place centrale à l’étude de la figure humaine, qu’il considère comme l’un des fondements de sa recherche artistique.

Tête de trois quarts, Pinceau et encre sur papier, mai 1947, collection privée
Nu de dos, Pinceau et encre de Chine sur papier, 1950, collection privée

Visage sur fond jaune, Pinceau, gouache et encre de Chine sur papier, 1952, Musée de Grenoble

Son dernier projet éditorial est un recueil de portraits, dont il rédige lui-même la préface. Il y affirme : « La transcription presque inconsciente de la signification du modèle est l’acte initial de toute œuvre d’art. » Cette réflexion éclaire la quête de simplicité et d’intériorité qui caractérise ses dernières créations.»

Le tailleur de couleurs

Katia à la chemise jaune est la dernière huile sur toile que peint Matisse l’année 1951. L’artiste occulte les traits du visage de son modèle pour n’en retenir que l’épure du contour. La couleur jaune vif qui couvre le sujet des hanches à la tête ne coïncide pas avec le dessin. Le dessin du buste exprime la perception sensuelle de l’artiste quant aux formes du sujet et la couleur renforce cette perception.

On perçoit ici comment Matisse se libère de la peinture traditionnelle et dissocie couleur et dessin.

Katia à la chemise jaune, huile sur toile, 1951, Musée des Beaux-arts, Lyon

A partir de cette œuvre, Matisse se consacre exclusivement à la technique des papiers gouachés collés, parfois associée au dessin, au pinceau, à l’encre de chine ou au fusain.

Cette dernière partie de l’exposition met en lumière l’aboutissement de la recherche d’Henri Matisse sur la couleur comme langage autonome. Elle montre comment l’artiste, au fil du temps, s’éloigne progressivement de la représentation réaliste pour atteindre une forme de synthèse où la couleur devient à la fois sujet, structure et émotion.

Dans cette section finale, les œuvres exposées témoignent d’une simplification extrême des formes. Matisse ne cherche plus à décrire fidèlement le monde visible, mais à en traduire l’essence. Les contours s’épurent, les volumes s’aplatissent, et la composition repose surtout sur des rapports chromatiques intenses.

Cette évolution culmine dans ses papiers découpés, où la couleur est directement découpée, organisée et agencée sans passer par la peinture traditionnelle. Ce procédé donne l’impression que Matisse “taille” littéralement dans la couleur, comme un artisan qui sculpte une matière vivante.

L’espace pictural devient un espace de construction mentale. Les formes simplifiées, souvent végétales ou corporelles, ne renvoient plus à une réalité précise mais à des sensations : équilibre, mouvement, joie ou harmonie. On peut ainsi dire que la couleur n’est plus au service du dessin, mais que le dessin disparaît presque au profit de la couleur.  Une dimension très méditative du travail de Matisse se dégage malgré la vivacité apparente des teintes,. Les compositions expriment calme et stabilité, une recherche d’universalité : Matisse ne peint plus un sujet mais une expérience sensible globale et une forme de poésie visuelle.

Dans La Tristesse du roi Matisse pousse  sa recherche sur la couleur et la simplification des formes. Il parvient à un aboutissement dans sa technique des papiers gouachés, découpés et collés. Dès le premier regard, cette composition monumentale frappe par son aspect à la fois abstrait et théâtral. Les formes ne cherchent pas à représenter le réel mais à évoquer des personnages et des émotions. On distingue une figure centrale sombre, souvent interprétée comme un roi mélancolique, entourée de formes colorées très contrastées. Cette organisation crée une sorte de scène musicale ou chorégraphique, où chaque élément semble jouer un rôle précis dans un ensemble harmonique.

La couleur joue ici un rôle fondamental. Matisse utilise des aplats de teintes franches — jaunes, verts, bleus — qui ne décrivent pas le monde mais expriment des sensations. Le contraste entre la figure sombre et les couleurs vives accentue l’idée de solitude et de méditation. Ainsi, la “tristesse” du titre n’est pas représentée de manière réaliste, mais traduite par des équilibres chromatiques et des oppositions visuelles.

La tristesse du roi, papiers gouachés, découpés, collés sur papier marouflé sur toile, 1952, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris

L’œuvre est parfois lue comme un autoportrait symbolique. Le roi mélancolique serait une figure de l’artiste lui-même, vieillissant et conscient de sa fin proche. Autour de lui apparaissent des motifs associés à ses souvenirs et à ses passions : la musique, la danse, et les plaisirs de la couleur. On retrouve donc une dimension rétrospective, comme si Matisse rassemblait toute sa vie artistique dans une dernière composition. La musicalité y prend toute sa place. La composition fonctionne comme une partition : les formes sont des rythmes, les couleurs des notes, et l’ensemble produit une harmonie visuelle. La tristesse semble transformée en équilibre et en beauté.

La Tristesse du roi, que Matisse estimait «égale à tous les meilleurs tableaux »,  est la première gouache découpée à entrer dans les collections publiques françaises de son vivant.

Le Platane et Arbre démontrent de la capacité de Matisse à réduire un motif naturel à son essence. Le Platane, arbre massif et structuré, est ici traité avec une grande économie de moyens : l’encre de Chine privilégie la ligne et le contraste plutôt que la couleur, ce qui met en valeur la pureté du dessin.

On retrouve une écriture fluide, calligraphique, où les branches s’organisent en un réseau vivant. Malgré la simplicité apparente du trait, l’arbre n’est pas figé : il semble respirer, s’étendre, occuper l’espace avec souplesse. Cette approche révèle l’intérêt de Matisse pour la stylisation et la synthèse des formes, caractéristiques de sa maturité artistique.

Le Platane, Pinceau, encre de Chine et gouache sur papier marouflé sur toile, 1951, MOMA, NewYork
Arbre, fusain, encre de Chine et gouache sur papier marouflé sur toile, 1951, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris

Dans ces deux œuvres, la limitation de la couleur à de modestes touches de blanc renforce une dimension méditative : le regard se concentre sur l’équilibre des masses, la tension entre le vide et le plein, entre la verticalité du tronc et le déploiement organique des branches. L’arbre devient ainsi une interprétation poétique de la nature.

Recourant pour la première fois au médium de la gouache découpée pour réaliser une figure humaine,  Zulma, Matisse présente un jeu de formes simples, souvent organiques, où chaque fragment coloré devient une “pièce” du visage ou du corps. Ce procédé qui donne une impression de grande spontanéité, repose sur une construction très maîtrisée. La figure de Zulma s’organise autour d’un axe central, un long aplat de couleur jaune allant du visage aux chevilles, à l’intérieur duquel les marqueurs de féminité – poitrine, pubis – sont dessinés au pinceau à l’encre de Chine. Cette partie centrale est habillée de part et d’autre d’aplats découpés gouachés de bleu représentant les autres parties du corps.

Les formes découpées remplacent le trait traditionnel : la ligne disparaît au profit du contour du papier, ce qui renforce la netteté et la clarté de la composition.

Dans Zulma, cette simplification extrême ne réduit pas l’expression. Le visage est suggéré plus que détaillé mais il conserve une forte présence. La couleur, aplats vifs et contrastés, joue un rôle essentiel : elle structure l’espace et crée le rythme du portrait.

On retrouve ici la quête de Matisse : atteindre une forme d’épure. Le découpage transforme le portrait en une construction musicale, faite d’équilibres, de silences et de pleins. Zulma n’est plus seulement un modèle, mais une composition vivante, entre figuration et abstraction.

Zulma, papiers gouachés et découpés, 1950, SMK National Gallery of Danemark, Copenhague

La figure de l’acrobate est récurrente dans l’œuvre d’Henri Matisse. Cette figure lui permet d’explorer le corps dans de multiples positions. Les postures spectaculaires, les torsions et les équilibres instables offrent des lignes dynamiques que l’artiste simplifie en arabesques fluides. Le corps devient un rythme visuel plus qu’une représentation anatomique précise.

Dans les gouaches découpées, l’acrobate est souvent construit à partir de formes simples et colorées. Matisse abandonne le détail réaliste pour ne conserver que les éléments essentiels qui expriment l’élan, la souplesse et l’énergie du personnage.

Cette simplification donne aux figures une impression de liberté et de légèreté, de dépassement des contraintes physiques. Cette thématique prend une résonance particulière chez Matisse, qui réalise ses dernières œuvres alors qu’il est affaibli par la maladie. Les corps bondissants, dansants ou acrobatiques incarnent une vitalité que l’artiste continue à exprimer malgré ses propres limitations physiques. Danseur ou acrobate, seule compte l’expression d’un mouvement harmonieux. Les corps semblent flotter dans l’espace, créant un sentiment de joie et d’équilibre en toute liberté et de fluidité du mouvement. À travers quelques lignes ou quelques formes découpées, l’artiste parvient à transmettre une énergie intense et une sensation de vie en perpétuel élan.

Acrobates, fusain, papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 1952, Collection privée
Acrobate, encre de Chine sur papier, 1952, Collection privée
Acrobate, encre de Chine sur papier Vélin d’Arches, 1952, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris
Grand acrobate, encre de Chine sur papier, 1952, Collection privée

En 1952, Matisse réalise la série des Nus bleus exceptionnellement réunie dans cette exposition qui regroupe les Nu bleu II et III de la collection du Centre Pompidou ainsi que le Nu bleu IV en dépôt au musée Matisse de Nice et celui du Nu bleu I de la Fondation  Beyeler.

Ce sont de grands formats de papiers gouachés découpés qui déclinent un même nu bleu féminin, jambes repliées, main gauche posée sur une cheville, bras droit levé replié derrière la tête. L’artiste atteint là l’un des sommets de sa maitrise de la gouache découpée et de ses capacités synthétiques. 

Dans cette série, Matisse ne dessine plus le corps par le trait mais le construit à partir de morceaux de papier peints gouachés découpés. Les contours du nu naissent directement du découpage, ce que l’artiste appelait parfois « dessiner avec des ciseaux ». Cette technique lui permet d’atteindre une extrême simplification des formes. Le corps féminin est réduit à quelques grandes formes courbes. Malgré cette simplification, la figure reste immédiatement reconnaissable. Les volumes du torse, des jambes et des bras sont suggérés avec une remarquable économie de moyens. La couleur bleue joue un rôle central. Elle unifie la silhouette et la détache fortement du fond blanc. Ce bleu intense évoque à la fois profondeur, sérénité et méditation et participe à la construction de l’espace.

Les Nu bleu incarnent parfaitement l’idéal artistique de Matisse : simplifier sans appauvrir, réduire les formes à l’essentiel tout en exacerbant leur vitalité.

Au-delà de ces éléments, la série des Nu bleu marque l’une des grandes innovations de l’art du XXᵉ siècle. Elle montre comment la couleur et la forme peuvent, à elles seules, faire naître une image alliant simplicité, monumentalité, poésie et une universalité issue d’un langage visuel si épuré qu’il peut être compris et ressenti par tous.

Nu bleu I, papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 1952, Fondation Beleyer, Bâle
Nu bleu III, papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 1952, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris
Nu bleu II, papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 1952, Centre Pompidou Musée d’art moderne, Paris
Nu bleu IV, fusain, papiers gouachés, découpés et collés sur Canson blanc marouflé sur toile, 1952, Musée d’Orsay, Paris

L’exposition Matisse 1941-1954 révèle l’incroyable élan créatif qui anima l’artiste à cette période. « Seconde vie» selon ses propres termes, Matisse y puise un regain de liberté et d’invention qui l’amèneront à signer quelques-unes de ses œuvres les plus audacieuses. Une plongée fascinante dans des années de production artistique lumineuse.