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Exposition Martin Schongauer    

Le bel immortel 

Exposition au Musée du Louvre, Paris
Du 8 avril au 20 juillet 2026

Artiste aujourd’hui peu connu en France au-delà du cercle des spécialistes, Martin Schongauer (1445-1491) figura parmi les artistes du Nord les plus populaires de la fin du XVe siècle. Originaire d’une importante famille d’orfèvres de Colmar,  il exerça son art en tant que peintre et graveur sur cuivre. La circulation de ses œuvres gravées à travers l’Europe fut décisive pour développer sa grande renommée.

Étudiant à l’Université de Leipzig, Schongauer est un artiste lettré, connaisseur de l’art flamand et de la Renaissance nordique. Ses œuvres démontrent sa familiarité avec les textes sacrés, une grande finesse d’observation de la figure humaine et de la nature, ainsi qu’une puissante créativité imaginative.

L’exposition se décline en deux parties distinctes.

Dans la première, elle se focalise sur la vie de l’artiste et ses œuvres dont elle présente la quasi-totalité des peintures et retables ainsi que de très nombreux dessins et gravures.

La seconde partie élargit le spectre et met en évidence la postérité et le rayonnement des créations de celui qu’on appelait « le Beau Martin » pour l’excellence de ses œuvres.

Dès l’entrée, l’exposition met l’accent sur le rôle que  jouent pour les artistes, la récente technique de la gravure, au moment où l’invention de l’imprimerie en 1450 ouvre largement la diffusion des modèles et des images. Fils d’orfèvre et artiste talentueux, Martine Schongauer n’ignore rien de l’usage du burin et de la gravure et va pleinement bénéficier de ce progrès technique et de cette ouverture.

L’Encensoir, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
La Crosse, avant 1479, Gravure au burin, Louvre, Paris
Buste d’homme au bonnet de fourrure, vers 1475-1480, Plume et encre brune, Staatliche Museen, Berlin
Rinceau à la chouette chevêche, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
Les cochons, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
Le Griffon, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
Saint Antoine tourmenté par les démons, entre 1469 et 1473, Gravure au burin, Louvre, Paris

En dépit de la créativité indéniable de  Schongauer, le contexte religieux du XVe siècle exerce une influence toute puissante sur la création de son époque. Avant d’être artistique, toute représentation picturale à cette époque, se doit d’être un acte de foi exprimé dans les limites qu’impose un pouvoir religieux quasi illimité. L’art, qu’il soit graphique, musical ou architectural, est considéré comme l’un des vecteurs supposés susciter la compassion, le remord, l’amour du divin et la soumission aux dictats ecclésiastiques.

La plupart des œuvres de Schongauer répondent à ces impératifs et traitent des thèmes religieux imposés.

Saint Georges combattant le dragon, Wenceslaus von Olomouc, dit, Wenzel Von Olmütz ?, vers 1480 ?, Gravure au burin, Louvre, Paris
Saint Georges combattant le dragon, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
Saint Georges combattant le dragon, vers 1455-1460, Graveur anonyme, dit Maître ES, Gravure au burin, Louvre, Paris
Saint Georges combattant le dragon, vers 1470-1475, Gravure au burin, Musée Unterlinden, Colmar
Le Christ en croix entre la Vierge et Saint Jean, vers 1455-1460, Graveur anonyme, dit Maître ES, Gravure au burin, Louvre, Paris
La Crucifixion aux quatre anges, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris

Suivent d’innombrables scènes religieuses tantôt réalisées au burin, tantôt au pinceau et à l’encre. On trouve une illustration de la vie de la Vierge depuis l’annonciation à sa mort, et d’innombrables Christ dans tout son parcours, ainsi que des figures d’apôtres et de saints.

L’Annonciation : l’archange Gabriel, la Vierge, vers 1470-1475, Gravures au burin, Louvre, Paris

La Vierge à l’Enfant couronnée par deux anges, entre 1469 et 1473, Gravure au burin, Musée Unterlinden, Colmar
L’Adoration des mages, avant 1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
La Nativité aux bergers, dite La Grande Nativité, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
La Mort de la Vierge (La Dormition), vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris

Les Apôtres, Saint Pierre, Saint Paul, Saint André, Saint Jacques le Majeur, entre 1460 et 1465 ?, Gravure au burin, Musée Unterlinden, Colmar

Les Apôtres, Saint Jean, Saint Thomas, Saint Jude-Thaddée, Saint Philippe, entre 1460 et 1465 ?, Gravure au burin, Musée Unterlinden, Colmar

Les Apôtres, Saint Jean, Saint Thomas, Saint Jude-Thaddée, Saint Philippe, entre 1460 et 1465 ?, Gravure au burin, Musée Unterlinden, Colmar

Une Vierge folle en buste, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris

Schongauer prend prétexte de l’illustration des protagonistes d’une scène de l’Évangile pour réaliser des dessins d’ordre profane, d’attrayantes jeunes femmes raffinées, élégamment vêtues, voile flottant au vent, chevelure apparente et abondante parée de bijoux, chaussures à hauts talons.

La représentation du Christ est un thème particulièrement important au XVe siècle. Schongauer a réalisé de multiples illustrations de chacune des étapes de la vie de Jésus de la naissance à la résurrection. Parmi ceux-ci la Série de La Passion propose une suite de douze scènes du martyr du Christ inspirées du Miroir du Salut humain, traité de théologie du XIVe siècle décrivant la chute et la  rédemption de l’Homme avec chaque élément de la vie du Christ. Des copies de ces œuvres furent réalisées par centaines avec une très large diffusion.

Le Christ au mont des Oliviers, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
L’arrestation du Christ, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
Le Christ devant Anne, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris

Suivent La Flagellation du Christ, Le Couronnement d’épines, Le Christ devant Pilate,  Le Christ présenté au peuple (Ecce Homo).

La Flagellation du Christ, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
Le Couronnement, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
Le Christ devant Pilate, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
Le Christ présenté au peuple (Ecce Homo), vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
Le Portement de la Croix, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris

Puis viennent La Crucifixion, La Mise au tombeau et La Résurrection.

La Crucifixion, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
La Mise au tombeau, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
La Résurrection, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
Le Christ aux limbes, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris

Si l’œuvre gravée de Martin Schongauer est vaste et largement diffusée, elle compte également toute une gamme de créations peintes fresques, retables et petit tableaux. L’exposition en présente sept : trois retables et quatre petites dévotions privées. L’artiste y déploie une maitrise technique et une inventivité extraordinaires, et excelle aussi bien à représenter, nature morte, paysage, architectures, figures humaines ou animales.

Outre deux grands retables et un panneau de grand format, l’exposition propose trois petits panneaux de dévotion privée, réservés à l’usage exclusif de ses propriétaires.

La Sainte Famille, vers 1470-1475, Huile sur bois (tilleul), Bayerische Staatgemäldesammlunger, Alte Pinakothek, Munich
L’adoration des bergers, vers 1475, Huile sur bois (chêne), Staatliche Museen, Gemäldegalerie, Berlin
Vierge à l’Enfant à la fenêtre, vers 1475, Huile sur bois (tilleul), J. Paul Getty Museum, Los Angeles

Le Retable de saint Barthélemy se compose de deux grands panneaux, peints sur leurs faces externes et internes. Récemment restaurées, les peintures présentent aujourd’hui un bon état de conservation et de lisibilité.

Retable de saint Barthélemy et de sainte Marie-Madeleine, Faces externes des volets du retable, vers 1470, Huile sur bois (tilleul), Musée Unterlinden, Colmar

Les faces internes des volets développent plusieurs épisodes religieux majeurs, parmi lesquels Le Massacre des Innocents, Le Martyre de saint Barthélemy, Le Martyre de saint Acace et des Dix Mille, ainsi que Le Martyre de sainte Ursule et des Onze Mille Vierges.

Retable de saint Barthélemy et de sainte Marie-Madeleine, Faces internes des volets du retable, vers 1470, Huile sur bois (tilleul), Musée Unterlinden, Colmar

Le Retable d’Orlier se compose de deux volets de grandes dimensions, peints sur leurs faces internes et externes, et conservés dans un remarquable état.

Retable d’Orlier : L’Annonciation, Faces externes des volets du retable, vers 1475, Huile sur bois (tilleul), Musée Unterlinden, Colmar
Retable d’Orlier : Saint Antoine avec à ses pieds Jean d’Orlier et La Nativité, Faces internes des volets du retable, vers 1475, Huile sur bois (tilleul), Musée Unterlinden, Colmar

L’exposition réunit deux remarquables petits panneaux représentant le Noli me tangere (« Ne me touche pas ») et L’Incrédulité de saint Thomas. Ces œuvres appartiennent aux huit panneaux conservés d’un retable aujourd’hui démantelé, connu sous le nom de Retable des Dominicains. Lorsque ses volets étaient ouverts, ce retable déployait un cycle consacré à la Passion du Christ. Les deux panneaux exposés illustrent ainsi des épisodes qui se situent à l’issue de ce cycle narratif, après la Résurrection du Christ.

Noli me tangere ,panneau du Retable des Dominicains, vers 1475-1480, Huile et tempera sur bois de résineux, Musée Unterlinden, Colmar
L’incrédulité de saint Thomas. panneau du Retable des Dominicains, , vers 1475-1480, Huile et tempera sur bois de résineux, Musée Unterlinden, Colmar

Unique œuvre datée de la main de Martin Schongauer, La Vierge au buisson de roses témoigne à la fois de sa profonde connaissance des textes sacrés, de son exceptionnelle maîtrise technique, de son sens de la composition et de son observation minutieuse de la nature.

Le sujet de l’œuvre s’inscrit dans la symbolique chrétienne de l’Immaculée Conception, particulièrement significative pour les fidèles au XVe siècle.

La Vierge au buisson de roses, 1473, Huile et tempera sur bois de résineux, Conseil de Fabrique de la Collégiale Saint-Martin, église des Dominicains, Colmar

La dernière partie du parcours de l’exposition met en regard les créations de Schongauer avec des œuvres allant jusqu’au début du XVIIe siècle. Elle met en lumière la manière dont ses motifs et ses compositions ont été repris, adaptés et transformés grâce à la révolution que constitue la diffusion des modèles par l’estampe à travers toute l’Europe.

Les gravures de Schongauer circulent largement, diffusées par les marchands et imprimeurs rhénans, de l’Allemagne à l’Italie, puis jusqu’en Espagne — où l’auteur du retable de Ciudad Rodrigo s’en inspire, tout comme Fernando Gallego (vers 1440-1507) — et même jusqu’au Mexique. Ce vaste rayonnement témoigne d’un répertoire formel qui irrigue de nombreux foyers artistiques.

Cette circulation inédite des images, rendue possible par l’essor de l’estampe, fait de Schongauer une figure majeure dans l’émergence d’une culture visuelle véritablement européenne.

Saint Antoine tourmenté par les démons, entre 1469 et 1473, Gravure au burin, Louvre, Paris
Saint Antoine tourmenté par les démons volet du retable de la Vierge de Montserrat de Alfajarin, Martin Bernat, entre 1480 et 1495, Gravure au burin, Alma Mater Museum, Saragosse
Le Baptême du Christ, vers 1470-1475, Gravure au burin, The Albertina Museum, Vienne
Le Baptême du Christ, Tyrol du Sud, vers 1490-1500, bas-relief, pin cembro ?, Benediktinerstift Admont, Admont
Le Grand Portement de la Croix, vers 1470-1475, Gravure au burin, Louvre, Paris
Le Christ portant la Croix, Début du 17ème s., Huile sur cuivre, Musée Jean-Léon Gérôme, Vésoul
Composition consacrée à la Sainte Croix, Jacopo Zucchi, début des années 1570, Plume et encre brune, Louvre, Paris

Réunissant des œuvres aux formats très divers, allant de la petite estampe aux grands retables, l’exposition souligne la diversité des pratiques de Schongauer ainsi que les enjeux liés à leur mise en valeur aujourd’hui. Elle invite ainsi le visiteur à osciller entre l’intimité du détail et la monumentalité des ensembles.

Le Louvre propose ainsi un événement majeur pour la compréhension de l’art du XVe siècle. En redonnant toute sa place à cet artiste que Dürer surnommait le « beau Martin », le musée réévalue l’importance d’un créateur dont l’influence s’étend bien au-delà de son époque.