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Exposition Eva Gonzalès
Parcours d’une artiste libre
Exposition au Musée du Petit Palais, Paris
Jusqu’au 24 janvier 2027
Jusqu’au 24 janvier 2027, le Petit Palais accueille l’exposition « Eva Gonzalès, parcours d’une artiste libre », organisée en collaboration avec le Van Gogh Museum d’Amsterdam. Une soixantaine d’œuvres, peintures, pastels, dessins et œuvres graphiques, retracent les vingt années de création de cette artiste, disparue prématurément en 1883, à l’âge de 36 ans. À ses côtés, une quarantaine d’œuvres d’artistes de son entourage viennent éclairer son parcours, notamment celles d’Édouard Manet, son maître et ami, et d’Henri Guérard, son époux.
Issue d’une famille aisée et ouverte aux pratiques artistiques, Eva Gonzalès bénéficie dès son plus jeune âge d’un environnement favorable à l’éclosion de son talent. Encouragée par ses parents, tous deux sensibles à l’art, elle peut développer sa vocation sans avoir à lutter pour faire reconnaître sa légitimité en tant qu’artiste.
Son œuvre témoigne avant tout de son univers intime et quotidien. Elle représente les femmes de sa famille dans leurs occupations, son mari, mais aussi des paysages et des natures mortes. L’exposition propose un parcours à la fois chronologique et thématique, réparti en dix salles où sont présentées quelques œuvres, des premières réalisations de l’artiste jusqu’à ses dernières créations.
Pénétrons dans l’exposition…
La première salle esquisse, à travers quatre petits tableaux, le portrait type de la jeune fille issue de la bourgeoisie, mettant en lumière les occupations traditionnellement dévolues aux femmes de ce milieu : la pratique musicale et le soin apporté à la toilette. Ces premières œuvres révèlent déjà un talent prometteur, marqué par un rendu virtuose des textures, une remarquable maîtrise de la lumière et un intérêt manifeste pour les scènes de la vie quotidienne des membres du « beau sexe ».
Une toile d’Alfred Stevens la représente de profil, assise au piano, dans une somptueuse robe blanche dont l’ampleur semble presque noyer la silhouette. Seuls émergent les mains délicates et le visage souriant du modèle, encadré par une coiffure savamment élaborée. Tout concourt à incarner l’idéal de la jeune fille de l’époque : pure, douce, élégante, instruite et docile, conforme en tous points aux attentes d’un milieu privilégié et cultivé.
Les trois autres petits tableaux de la salle sont de la main d’Eva Gonzalès qui n’a alors que 19 ans. Elle fréquente l’atelier de Charles Chaplin, dont l’influence, empreinte de l’esthétique du XVIIIe siècle, transparaît dans ces premières œuvres. On y découvre de jeunes filles parées de robes somptueuses aux étoffes délicates, représentées dans des attitudes et des occupations convenues, au cœur d’intérieurs bourgeois raffinés et soigneusement ordonnés.
Dans l’atelier pour dames de Charles Chaplin
Eva Gonzalès manifeste très jeune un goût et des facilités pour les arts graphiques. Sa famille et son environnement cultivé accueillent ces dispositions avec bienveillance et considère favorablement son entrée dans l’atelier pour dames du peintre mondain Charles Chaplin en 1866.
Même si elle quitte 18 mois plus tard ce portraitiste de sujets féminins aux couleurs pastel à la vision conventionnelle, voire caricaturale, de la vérité féminine, son influence semble marquer durablement sa manière de peindre.

Eva Gonzalès développe son œuvre à une époque où la condition féminine limite considérablement les possibilités offertes aux femmes artistes. Elle s’oriente naturellement vers les scènes d’intérieur, les portraits et les instants de la vie quotidienne de la bourgeoisie à laquelle elle appartient. Son entourage proche, notamment les femmes et les enfants de sa famille, constitue alors ses principaux modèles.
L’artiste s’attache à représenter les occupations qui rythment l’existence des femmes de son milieu. Parmi celles-ci : l’éducation des enfants, notamment l’instruction religieuse, ainsi que les rituels de la toilette. Toutefois, ses personnages semblent rarement pleinement engagés dans leurs activités. Leurs attitudes suggèrent plutôt une forme de retrait, une présence silencieuse et pensive, comme si chacun était absorbé dans ses pensées et replié sur son monde intérieur.
La rencontre avec Edouard Manet
En février 1869, Alfred Stevens présente Édouard Manet à Eva Gonzalès. La rencontre est décisive. Très rapidement, elle pose pour le peintre et devient son élève, un privilège exceptionnel que Manet refuse habituellement à tous. Il réalise d’elle un grand portrait qui affirme son statut de femme peintre, la représentant au travail devant son chevalet. Palette et pinceaux à la main, elle s’apprête à achever un bouquet de fleurs, dans une scène singulière où le tableau semble déjà encadré.
Dès lors, Eva Gonzalès inscrit progressivement sa démarche artistique dans le sillage de son maître. En 1869, elle peint L’Enfant de troupe ou Le Clairon, une œuvre qui fait écho au Fifre réalisé par Manet en 1866. Elle reprend le motif du jeune garçon en uniforme militaire, dont la silhouette se détache sur un fond sombre. Le sujet, la composition et le traitement du fond témoignent clairement de l’influence du peintre sur son élève.

Peindre comme une femme
Sous la conduite de Manet, Eva Gonzalès travaille d’arrache-pied. Même si ses sujets diffèrent, l’influence du maître est sensible.
La Jeune fille aux cerises d’Eva Gonzalès reprend certaines caractéristiques comme l’arrière-plan, le cadrage et la composition du Jeune garçon pelant une poire de Manet.
Eva Gonzalès poursuit l’exploration de son univers familial, social et mondain. Sans porter de jugement explicite sur son milieu, elle en restitue les usages, les comportements et les codes, faisant de ses tableaux autant de témoignages sur les habitudes et les mœurs de la bourgeoisie de son époque.
Peint en 1874, Une loge aux Italiens en offre une remarquable illustration. Le tableau évoque les loisirs de la bourgeoisie du XIXe siècle, à travers le regard d’une artiste qui s’émancipe progressivement des conventions académiques de son temps. La scène représente un couple installé dans une loge de théâtre.
Au premier plan, accoudée à la balustrade, Jeanne Gonzalès, la sœur d’Eva, se détache en pleine lumière sur un fond sombre. Sa robe d’un blanc immaculé attire le regard et illumine la composition. Légèrement en retrait sur la droite, Henri Guérard, futur époux de l’artiste, mais également futur époux de Jeanne après la disparition d’Eva, apparaît dans l’ombre, vêtu d’un costume sombre qui se fond dans la pénombre de la loge.
Les deux personnages ne se regardent pas et semblent porter leur attention dans des directions différentes. Tandis que la jeune femme paraît absorbée par le spectacle, l’homme demeure en retrait. Cette absence d’échange instaure une atmosphère à la fois intime et énigmatique. Au cœur de l’agitation mondaine du théâtre, chacun semble enfermé dans son propre univers, comme séparé de l’autre par une distance silencieuse.
« Mademoiselle Gonzalès, que pensez-vous d’Henri Guérard ? »
Eva Gonzalès et Henri Guérard se fiancent en 1876 et célèbrent leurs noces en 1879.
Graveur et illustrateur très prolifique, ami intime d’Edouard Manet qui contribuera à rapprocher les deux artistes, Henri Guérard va partager un intense compagnonnage artistique avec sa femme, nourri d’échanges et de complicité.

Dieppe et la Normandie
À partir de 1870, Eva Gonzalès et sa famille s’installent à Dieppe afin de se soustraire aux conséquences de la guerre franco-prussienne.
Le séjour dans cette ville devient une source d’inspiration majeure pour la jeune artiste qui s’initie à la peinture de plein air dans le sillage des artistes d’avant-garde de son temps.
Sa palette s’éclaircit sensiblement et son approche du paysage évolue progressivement vers une forme de quasi-abstraction. Sous l’effet d’une contemplation attentive et fascinée, le paysage se trouve réduit à des jeux de plans et de lumière colorée.
Rejointe par son fiancé Henri Guérard, Eva Gonzalès s’intéresse également à une approche illustrative de charmantes saynètes enfantines que reprendra son mari plusieurs années après sa disparition.
Tracer son chemin
Témoin de son époque, Eva Gonzalès compose une véritable galerie de portraits de figures féminines issues de son milieu social.
Si elle fait volontiers poser ses proches, principalement les femmes de sa famille, et notamment sa sœur cadette Jeanne, elle ne cherche pas tant à en livrer des portraits individuels qu’à les représenter dans des scènes emblématiques de la vie quotidienne d’une femme du monde.
Du lever au coucher, elles apparaissent au gré des occupations et des moments qui rythment leur journée : au réveil ou à leur toilette, dans le salon ou au balcon, coiffées d’un chapeau à plumes, au théâtre ou au parc, plongées dans la lecture ou occupées à arroser une plante.
Certaines toiles privilégient l’intimité d’intérieurs féminins au raffinement délicat, où se mêlent voilages, dentelles et bouquets de fleurs.
D’autres prennent pour cadre les espaces extérieurs du parc, dont l’agencement ordonné et harmonieux prolonge l’élégance et la douceur de cet univers féminin.





Les natures mortes d’Eva Gonzalès s’inscrivent dans le sillage de Manet, tant par leur approche réaliste que par leur palette. À l’instar de celui-ci, elle privilégie des fonds neutres qui concentrent le regard sur les objets représentés, choisis dans le quotidien le plus familier, comme un bouquet de roses ou une paire de chaussures.
Femmes artistes et dernières années
Eva Gonzalès s’inscrit dans l’émergence d’une nouvelle génération de femmes artistes au cours du dernier quart du XIXᵉ siècle.
Alors que l’École des Beaux-Arts leur demeure fermée, elles se forment dans des académies privées, tel l’atelier de Charles Chaplin fréquenté notamment par Eva Gonzalès et Mary Cassatt.
Longtemps confinées aux genres considérés comme mineurs, portraits, natures mortes et scènes intimistes, certaines d’entre elles, comme Rosa Bonheur, Suzanne Valadon ou Berthe Morisot, parviennent néanmoins à s’affranchir de ces contraintes et à élargir leur champ d’expression.










































































